Le chamboule-tout

Le financement de l’allègement des charges sociales décidé par le gouvernement sera assuré par une modulation de la TVA.

Le taux réduit, appliqué aux produits de première nécessité (produits alimentaires, abonnement au gaz, à l’électricité, cantines scolaires …), descend de 5,5 % à 5 %. Autant dire que les consommateurs ne s’en apercevront pas. Par exemple : une baguette de pain à 1 € verra son prix baisser d’½ centime d’euro ! Il n’y aura donc là aucune incidence positive pour le porte-monnaie des Français.

Le taux intermédiaire de 7 % est relevé à 10 %. Il concerne la restauration, les travaux de rénovation des logements, les transports en commun, les médicaments non remboursables, les jeux et les divertissements. C’est un très mauvais coup porté au pouvoir d’achat des Français, car ce taux est appliqué à des dépenses souvent incontournables : nombre d’habitants, des villes comme du milieu rural, ne peuvent se passer d’utiliser les transports de voyageurs collectifs qui vont voir leurs tarifs augmenter. C’est, pour certaines filières économiques comme la restauration et le BTP, une annonce très inquiétante :

  • pour le BTP, cette augmentation de TVA fragilise un secteur d’activité qui souffre et c’est le risque de voir se développer, pour les travaux de rénovation, le travail non déclaré ;
  • pour la restauration, les nuages noirs s’amoncellent également. En contrepartie de la baisse importante de la TVA accordée par le gouvernement Fillon, la profession avait pris un certain nombre d’engagements que de nombreux professionnels ont tenus, je l’ai constaté moi-même : revalorisation des salaires, création d’emplois, baisse de prix. Avec le passage de 7 à 10 % du taux de TVA, ces professionnels ne pourront continuer à financer leurs engagements. Pire, malheureusement, ils seront amenés, inévitablement, à licencier.

Le taux normal, appliqué à la vente de biens ou de services (automobiles, électroménager, portables…), passe de 19,6 % à 20 %. C’est ce taux qu’il convenait d’augmenter plus fortement car la plupart des produits concernés ne sont pas de première nécessité, ils sont renouvelés peu fréquemment et sont soumis à de fortes concurrences qui annihilent une part de la hausse de la TVA. En outre, le taux normal concerne de nombreux bien importés. Une majoration plus soutenue sur ces produits permettrait qu’ils participent au financement de notre protection sociale.

Le chamboule-tout est un jeu d’adresse datant du Moyen-Âge qui consiste à faire tomber un maximum de boîtes empilées. Le gouvernement chamboule tous les taux de TVA, mais il le fait sans discernement, sans adresse. Ce qui va chuter lourdement, c’est bien le pouvoir d’achat des Français. Pour quels résultats sur la croissance, la compétitivité et l’emploi ?