Il semble de plus en plus avéré que le régime syrien a bien utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. C’est évidemment particulièrement dramatique et nul ne peut rester insensible devant les images qui circulent sur internet et dans les médias. Devant ces massacres, François Hollande a décidé que la France devait sanctionner le Président Bachar el-Assad en intervenant militairement. Mais si intervention il y a, elle doit, à mon avis, respecter quatre conditions.

1ère condition : il faut bénéficier du soutien de nos alliés européens. Ce week-end, les européens ont enfin parlé d’une même voix, souhaitant « une réponse forte et claire », sans pour autant approuver les frappes militaires. Le ralliement de nos partenaires à cette position est tardif. Il est vrai que tout au long de ces derniers mois et particulièrement de ces dernières semaines, la diplomatie française a montré sa très grande difficulté à imposer son leadership et sa vision du dossier syrien à ses partenaires européens.

2ème condition : cette intervention militaire ne peut se faire que dans le cadre d’une résolution de  l’ONU. Cela a été le cas pour toutes les opérations extérieures de la France sous la Vème République, quels que soient les présidents en place. Seul le droit accordé par l’Organisation des Nations Unies peut donner à la fois l’autorisation et la légitimité pour frapper un autre pays. La France ne peut reprocher à un pays ou à un dictateur de ne pas respecter le droit et dans le même temps agir de sa propre initiative sur des critères moraux ou éthiques, certes, mais non fondés sur le droit international. Pourquoi la France s’arrogerait-elle le droit d’être le gendarme du monde ? En a-t-elle, d’ailleurs, encore les moyens, c'est-à-dire la puissance militaire, la possibilité budgétaire et l’influence diplomatique ?

3ème condition : intervenir en Syrie, procéder à des frappes ciblées, nécessite d’avoir au préalable une solution politique au conflit syrien. Aujourd’hui existe-t-il une opposition à Bachar el-Assad ? Est-elle crédible ? A l’évidence il n’y a pas, actuellement, d’alternative au président syrien. Que ferait François Hollande après l’intervention des forces françaises? Inviterait-il Bachar el-Assad à la table des négociations avec les grandes puissances onusiennes ainsi que les principaux pays du Moyen-Orient ? Pense-t-il que c’est le meilleur moyen de le faire assoir à cette table ?

4ème condition : la France ne peut intervenir qu’au sein d’une coalition, qui ne peut se réduire au duo États-Unis-France. François Hollande aurait été bien inspiré d’éviter les effets de manche et les rodomontades tant qu’il n’était pas certain de la décision définitive de nos amis anglais c’est-à-dire tant que la Chambre des communes n’avait pas été appelée à voter sur l’engagement des troupes britanniques. Le revers subi par David Cameron aurait du l’inciter à la prudence et à revoir ses prises de position va-t-en-guerre.

La solution au conflit syrien reste diplomatique et politique. Une de ses clés, sans aucun doute la plus importante, se trouve dans la poche de Vladimir Poutine. La France et l’Europe doivent donc continuer à faire pression sur la Russie pour lui demander d’user de son influence auprès de Bachar el-Assad.

En faisant des déclarations guerrières, en voulant montrer sa force, sans mesurer ses appuis sur la scène internationale, François Hollande a pris le risque d’isoler la France. En effet, même si nos alliés européens acceptent l’idée d’une réponse aux exactions de Bachar el-Assad, ils ne soutiennent pas pour autant le recours à la force militaire.  

Sans remettre en cause sa volonté, certainement profonde, de sanctionner le président syrien, il a fait également un calcul politique hexagonal. Une intervention militaire, à l’image de celle du Mali, était de nature, pensait-il, à gommer son image velléitaire pour lui donner l’image d’un chef d’État volontaire et déterminé. Mais ce faisant il a joué les Don Quichotte. Aujourd’hui, il se retrouve en Sancho Panza.