Nous aurions du nous méfier. Dans son discours de politique générale, en juillet 2012, le Premier Ministre avait annoncé « son ambition de renouveler en profondeur l’approche des questions d’intégration en France. » Pour mener à bien cette ambition affichée dès sa prise de fonction, Jean-Marc Ayrault a donc demandé à 250 personnes, réparties en 5 groupes de travail, un rapport sur la refondation de la politique d’intégration. Ce rapport a été suivi par  10 ministères et le 13 novembre jour de sa remise à Matignon, le Premier Ministre a souligné « la grande qualité des travaux. »

Mis en ligne sur le site du gouvernement, les préconisations de ce rapport ont suscité, ces derniers jours, une vive émotion. Il faut dire qu’elles sont polémiques et qu’elles remettent en cause les fondements mêmes de notre pays. Une fois de plus, elles ont entraîné au sommet de l’Etat cacophonie et rétropédalage. Cacophonie parce que, pour tenter d’éteindre le feu, le Président de la République a été obligé de déclarer que ce rapport ne correspondait « pas du tout à la position du gouvernement » et rétropédalage car le sombre Ayrault a dû remiser son enthousiasme légendaire et avouer, du bout des lèvres, qu’il faudrait « faire le tri » et que « des propositions ne tiennent pas la route. »

C’est le moins que l’on puisse dire, car nombre de ses recommandations sont choquantes.

Il propose d’autoriser le port du voile à l’école. Dans notre République laïque, où nos belles âmes de gauche, (chacun sait que les belles âmes sont obligatoirement de gauche !), ne supporteraient pas qu’un crucifix soit accroché au mur d’une salle de classe, celles-ci verraient d’un bon œil que des jeunes filles suivent les cours voilées. Non, dans l’école laïque les signes religieux n’ont pas leur place.

Un rapport qui stigmatise « cette injonction à l’intégration. » Et si ce n’était pas suffisamment clair, il est précisé : « Symboliquement, l’abandon du terme peut constituer un signal fort pour celles et ceux qui sont soumis à cette injonction au quotidien et à tort. » Le mot « intégration » devrait donc être banni de notre vocabulaire, et sans doute supprimé du dictionnaire, car jugé trop autoritaire. Que dit le Petit Larousse ? « Intégration : action de faire entrer dans un ensemble plus vaste ; inclure. Exemple : l’intégration d’un immigré. » Où est la notion d’autoritarisme ? Mais surtout, si les personnes immigrées ne souhaitent pas et ne sont plus « obligées » de s’intégrer, c’est la porte ouverte à une société pluriculturelle, à une France pluricommunautaire.

Il est, par ailleurs, écrit que « La France devrait assumer la dimension arabo-orientale de son identité et sortir de son attitude postcoloniale. » Et moi qui croyais que la France était une terre de culture judéo-chrétienne !

« Un travail de remise à plat de l’histoire est nécessaire. » Proposition particulièrement inquiétante. L’Histoire contemporaine nous a malheureusement prouvé que les volontés de réécriture des faits historiques étaient toujours portées par des régimes au moins autoritaires sinon dictatoriaux.

Et pour faire bonne mesure : « Il faudrait valoriser l’enseignement de l’arabe et (il faudrait) un enseignement, dès le collège, d’une langue africaine. » Chacun jugera du bien fondé de telles propositions.

Les politiques sociales ne sont pas oubliées. Il s’agirait de« reconnaître le caractère discriminant de certaines prestations comme l’Allocation de Solidarité aux Personnes Agées (APA) ou le RSA qui ne sont servis aux assurés ressortissants étrangers que s’ils justifient d’un séjour régulier de 5 ans au moins. » Ce qui veut dire que ces prestations devraient être versées à tout étranger. Dans une période où les départements, qui versent ces deux allocations individuelles de solidarité, doivent faire face à une augmentation exponentielle de leurs dépenses sociales, il est impensable d’imaginer que cette proposition puisse être mise en œuvre. Et comment verser une prestation, c'est-à-dire un droit, sans que le bénéficiaire ait fait la preuve, envers notre pays, de ses devoirs ?

Ce rapport est sorti trois mois avant les élections municipales. L’on peut légitimement se demander si cela était volontaire ou non. Est-ce par naïveté, aucun conseiller du Premier Ministre n’ayant pensé que ce rapport pouvait provoquer de violentes réactions ou par machiavélisme politique, le but non avoué étant de faire monter le Front National ? Quelle que soit la réponse, Marine Le Pen peut dormir tranquille, par son incompétence, le gouvernement s’occupe de lui trouver jour après jour de nouveaux électeurs.